Un chiffre d’affaires qui s’approche du seuil majoré met les micro-entrepreneurs dans une position délicate. Beaucoup pensent que la zone entre le seuil de franchise et le seuil majoré agit comme un matelas de sécurité, une sorte de sas où l’on peut encore terminer l’année tranquillement. C’est faux. L’écart de traitement entre les deux seuils se paie cash, et il se paie vite.
Deux seuils, deux conséquences radicalement différentes
Le mécanisme tient en une distinction que peu de sources expliquent clairement, et qui mérite qu’on s’y arrête. Franchir le seuil de franchise déclenche la TVA au 1er janvier suivant, ce qui laisse le temps de terminer l’exercice en cours sans rien changer à ses factures.
Franchir le seuil majoré, lui, ne laisse aucun délai : la TVA s’applique dès le jour même du dépassement. Pour savoir où vous vous situez avant qu’il ne soit trop tard, un cyplom.com vous donne une estimation en quelques minutes.
Concrètement, un consultant qui facture une prestation en novembre et fait basculer son cumul au-delà du seuil majoré doit appliquer la TVA sur cette facture précise, et sur toutes celles qui suivent jusqu’à la fin de l’année. Il ne rattrapera rien en janvier. La nuance paraît technique. Elle change pourtant le résultat net d’un trimestre entier, ce qui n’a rien d’anecdotique pour une activité qui dégage déjà des marges serrées.
Les montants à surveiller pour 2026
Les seuils applicables en 2026 restent identiques à ceux de 2025, ce qui évite de retenir de nouveaux chiffres chaque année. Pour la vente de marchandises, le seuil de franchise est fixé à 85 000 € et le seuil majoré à 93 500 €.
Pour les prestations de services, les montants sont plus bas : 37 500 € pour la franchise et 41 250 € pour le majoré. Ces plafonds se calculent sur le chiffre d’affaires hors taxes de l’année civile, pas sur une moyenne glissante.
La tentation est grande de regarder son compteur en septembre et de se dire qu’il reste de la marge. Sauf que la fin d’année concentre souvent les plus grosses factures. Un contrat signé en octobre peut faire bondir le cumul de plusieurs milliers d’euros en quelques semaines. C’est exactement le scénario où l’on se retrouve au-dessus du seuil majoré sans l’avoir anticipé, avec des clients à prévenir et des devis à rectifier dans l’urgence.

Dépassement du seuil simple ou du seuil majoré : ce qui change
Avant 2025, un dépassement du seuil majoré obligeait à reprendre les factures depuis le début du mois concerné. Cette règle a disparu. Depuis 2025, c’est la date exacte du dépassement qui fait foi : tout ce qui est facturé après bascule en TVA, rien avant. Le changement simplifie la comptabilité, mais il rend le suivi plus exigeant, puisqu’il faut connaître le jour précis où le cumul franchit la ligne. Sur ce point, voir aussi notre article sur créer une entreprise : les pièges juridiques que seuls les avocats d’affaires peuvent vraiment éviter.
Autrement dit, vous pouvez facturer sans TVA en début de mois et devoir la facturer quinze jours plus tard, sans que le mois soit terminé. Pour les activités mixtes, vente et service mélangés, le calcul devient vite pénible. Chaque catégorie a son propre seuil, et le franchissement de l’un n’entraîne pas automatiquement celui de l’autre.
Les cas où le compteur s’affole
Certaines situations font grimper le chiffre d’affaires plus vite qu’on ne l’imagine, et ce sont souvent celles qu’on oublie de surveiller. Le point commun de ces cas : ils concentrent plusieurs factures sur une même période, ou déplacent la frontière entre les catégories d’activité.
- Un client important qui règle trois mois de prestations d’un coup, ce qui gonfle le cumul d’un seul coup.
- La revente de matériel ou de licences logicielles, comptabilisée dans la catégorie vente avec son seuil plus élevé mais un rythme de facturation tout autre.
- Une subvention ou un acompte encaissé en décembre, faut-il le compter dans le chiffre d’affaires de l’année ? La réponse dépend de la nature de la somme et de sa comptabilisation.
- Et si vous changiez de statut en cours d’année, avec une date de début d’activité qui décale le calcul du prorata ?

Comment réagir quand la bascule devient inévitable
Anticiper reste la meilleure option. Dès que le cumul dépasse les trois quarts du seuil majoré, il faut faire un point précis avec son comptable et décider quelle stratégie adopter. Repousser une facture à janvier, négocier un paiement échelonné : tout cela se prépare à froid, pas dans la panique de fin d’année. Une décision prise en octobre coûte toujours moins cher qu’une décision prise dans l’urgence.
Si le dépassement est déjà là, il faut prévenir les clients concernés par écrit et émettre les factures rectificatives sans attendre. Un client professionnel récupère la TVA, donc l’impact commercial reste limité sur ce segment. Avec les particuliers, c’est différent : le prix TTC augmente mécaniquement, et certains contrats ne survivent pas à cette hausse.
Reste la question du statut lui-même. Une entreprise qui franchit le seuil majoré deux années de suite peut se demander si la micro-entreprise reste adaptée, ou si le passage à une société avec récupération de la TVA sur les achats devient plus intéressant. Le calcul dépend du niveau de charges et de la typologie de clientèle.
Le majoré n’est pas un coussin, c’est un interrupteur
Rester en franchise parce qu’on se sent proche du seuil majoré sans l’avoir franchi, c’est jouer avec une règle qui ne pardonne pas l’approximation. La sécurité vient d’un suivi mensuel, pas d’une marge espérée, et d’une décision prise assez tôt pour avoir le choix.
Les seuils 2026 n’ont pas bougé, ce qui vous laisse tout le temps de vérifier votre position actuelle. Si votre cumul de l’année venait à basculer demain, sauriez-vous dire à quelle date exacte cela s’est produit ?
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